Ce qu'est réellement un prête-plume
Le prête-plume est un professionnel qui écrit à votre place, en votre nom. Vous fournissez la matière — vos souvenirs, votre expertise, votre histoire — et il produit le texte. Votre nom figure sur la couverture, pas le sien. Le métier porte plusieurs noms selon le contexte : écrivain public, biographe, ghostwriter, nègre littéraire dans l'usage ancien.
Le travail réel est souvent mal compris. Ce n'est pas de la simple transcription : le professionnel mène des entretiens, trie ce qui fait récit et ce qui n'en fait pas, construit une structure, trouve un ton, et réécrit jusqu'à ce que le texte tienne debout. Une heure d'entretien génère plusieurs heures d'écriture — c'est précisément ce qui explique les tarifs.
C'est un vrai métier, et les bons praticiens produisent des livres que leur auteur n'aurait jamais pu écrire seul. La question n'est donc pas la légitimité de la prestation, mais son accessibilité.
Les tarifs du marché, sans détour
Les prête-plumes facturent le plus souvent à l'heure, dans une fourchette qui va généralement de 50 à 80 € de l'heure. Certains écrivains publics appliquent des tarifs de cet ordre pour la transcription, la saisie et la mise en page.
D'autres travaillent à la séance. Une séance en tête-à-tête se situe couramment entre 250 et 800 €, chaque rencontre débouchant en général sur la rédaction d'un chapitre de dix à quinze pages.
Pour un projet complet, l'ordre de grandeur le plus souvent cité pour une biographie familiale ou un récit de vie d'une centaine de pages est d'une dizaine de séances, soit un budget moyen d'environ 2 500 €. Un projet plus long ou plus documenté monte mécaniquement.
Ces montants ne sont pas excessifs au regard du travail fourni. Mais rapportés aux revenus médians d'Afrique francophone, ils placent le prête-plume hors d'atteinte de l'immense majorité des personnes qui ont pourtant une histoire à transmettre.
Ce que vous achetez, et ce que vous n'achetez pas
Avant d'engager un budget, sachez précisément ce qui est inclus. Un devis sérieux distingue les entretiens, la rédaction, les cycles de correction, la mise en page éventuelle, et les droits.
Le nombre d'allers-retours est le point le plus souvent sous-estimé. Un premier jet ne convient presque jamais du premier coup : vous voudrez ajuster un ton, corriger un souvenir, supprimer un passage. Vérifiez combien de reprises sont comprises, et ce que coûte une reprise supplémentaire.
Vérifiez aussi la cession des droits par écrit. Le principe du prête-plume est que l'œuvre vous revient, mais cela doit être formalisé, sans ambiguïté sur les exploitations futures — réédition, traduction, adaptation.
Enfin, ne confondez pas prête-plume et éditeur. Un prête-plume écrit ; il ne publie pas, ne distribue pas et ne vend pas votre livre. La question de l'édition reste entière une fois le manuscrit terminé.
Les quatre voies possibles
Face au projet « je veux que mon histoire devienne un livre », il existe quatre chemins, qu'il vaut la peine de comparer honnêtement.
Le prête-plume : qualité professionnelle, effort personnel minimal, budget de l'ordre de 2 500 € et plus, délai de plusieurs mois. C'est la solution la plus confortable si le budget suit.
L'écriture solitaire : coût nul, mais elle échoue le plus souvent. Non par manque de talent, mais parce que personne ne tient la structure : on écrit trente pages, on s'égare, on abandonne. C'est le sort de la grande majorité des manuscrits commencés.
L'atelier ou l'accompagnement : un coach ou un atelier d'écriture vous encadre pendant que vous écrivez. Coût intermédiaire, exigence de régularité forte.
L'assistant d'écriture : vous racontez, l'outil structure le plan et vous aide à rédiger chapitre après chapitre, vous relisez et corrigez. Le coût est sans commune mesure avec un prête-plume, et l'implication reste la vôtre — ce qui est précisément ce qui rend le livre légitimement vôtre.
Prête-plume ou assistant d'écriture : comment choisir
La bonne question n'est pas « lequel est le meilleur » mais « qu'est-ce que je peux investir : de l'argent, ou du temps ? »
Le prête-plume convient si vous avez le budget et peu de disponibilité, si votre projet est complexe — enquête, sources multiples, matière sensible —, ou si vous êtes réellement incapable de vous relire de façon critique.
L'assistant d'écriture convient si votre budget est limité, si vous voulez garder la main sur chaque phrase, et si vous êtes prêt à consacrer quelques heures par semaine à votre livre. Vous restez l'auteur au sens plein : vous fournissez la matière, vous validez, vous corrigez.
Un point mérite d'être dit franchement : dans les deux cas, personne n'écrira le livre à votre place sans vous. Le prête-plume a besoin de vos entretiens, l'assistant a besoin de vos réponses. Ce qui change, c'est le prix et le degré de contrôle.
Le cas particulier de l'Afrique francophone
Le marché du prête-plume est essentiellement européen, et ses tarifs sont calés sur des revenus européens. En Afrique francophone, l'offre locale est rare et les prix pratiqués à distance restent inaccessibles à la plupart.
Or la demande, elle, est massive. Combien d'aînés ont une histoire qui mériterait un livre — un parcours d'indépendance, une trajectoire d'entrepreneur, une mémoire familiale — et disparaîtront sans que rien ne soit consigné ? C'est un patrimoine qui se perd faute d'un intermédiaire abordable.
C'est exactement le vide que comblent les outils d'écriture assistée : ils rendent accessible, pour le prix d'un repas au restaurant, un accompagnement qui coûtait plusieurs milliers d'euros. La qualité finale dépend de votre implication, mais le livre existe — et un livre imparfait qui existe vaut infiniment mieux qu'un livre parfait qui n'a jamais été écrit.
Par où commencer, quel que soit votre choix
Que vous engagiez un professionnel ou que vous écriviez vous-même, le travail préparatoire est identique et il vous appartient.
Rassemblez votre matière : notes, souvenirs datés, photos, documents, anecdotes marquantes. Un prête-plume vous les demandera de toute façon, et leur qualité déterminera celle du livre.
Définissez ensuite à qui s'adresse ce livre. Vos enfants et petits-enfants ? Votre secteur professionnel ? Un public large ? Cette réponse commande le ton, la longueur et le niveau de détail.
Enfin, formulez en une phrase ce que le lecteur doit retenir. Si vous n'y arrivez pas, aucun prête-plume ne le fera pour vous — c'est le cœur de votre livre, et lui seul vous appartient vraiment.